Best of 2016

Et c’est reparti pour un tour ! Ce blog n’est pas bien vivant, mais au delà de l’effet de groupe de faire son top annuel, c’est toujours cool de prendre un peu de recul sur l’année. Toujours pas d’ordre numéroté, ça sert vraiment à rien imo, mais je vous les classe en petites catégories.

MUST LISTEN

Si je devais n’en garder que 5, je jette mon dévolu sur ceux-ci.

David Bowie – Blackstar

L’année 2016 a commencé comme ça oui, désolé du rappel. Je suis pas particulièrement un grand spécialiste de Bowie à la base, je n’avais même pas beaucoup accroché à The Next Day, mais cet album est une superbe œuvre. Au delà de l’émotion de mort qu’embarquent Lazarus ou Blackstar, le tout est un formidable et varié mélange de Jazz Fusion et de Rock. Si vous avez fait l’erreur de passer outre, rattrapez-vous vite. C’est pas tellement un album joyeux par contre.

CICADA – formula

folderJe vous en avais déjà parlé l’année dernière et cette année a fait de CICADA mon grand dada. Avec le mini-album Loud Colors en début d’année qui annonçait la couleur, ce nouvel album porte la lourde patte du claviériste Sôsuke Oikawa qui oriente le groupe vers des sonorités bien hip-hop. Sans perdre leur côté pop, leur musique se diversifie et je suis toujours aussi comblé. one ou 都内 sont complètement rap, puis Reloop ou くだらないこと plutôt pop avec des bouts de vocoder qui surprennent mais passent finalement bien, et au milieu une nouvelle version de stand alone qui sonne carrément jazz. Des rythmes de batterie aux charleys chiadés, ou groove des lignes de basse hip-hop, les nappes de Rhodes et la voix d’Akiko qui se bonifie, j’adore TOUT et j’ai pas fini de vous en parler.

La cerise sur le gâteau étant un superbe clip pour un super morceau :

テンテンコ – 赤と黒

folder

Ex-idol du groupe BiS, Tentenko s’est fait un nom cette année en passant des CDs gravés à la main puis vendus dans un garage à un contrat chez Toy’s Factory pour un mini-album en décembre. Elle a en tout cas bien créé son style au croisement entre les chansons pop carrément enfantines et les nappes noise à faire fuire même les plus motivés. Dans cet océan de skeuds – à peu près un par mois de fin 2015 à l’été 2016 – c’est ce «Aka to Kuro» qui a retenu mon attention. Peu de bruits expérimentaux ici, mais un son complètement lo-fi à base de synthés cheap Casio sur un chant mal assuré rappelant des comptines ou des chansons traditionnelles. Un disque vraiment unique mais qui saura récompenser les aventureux.

iri – Groove it

Un premier album pour cette jeune chanteuse qui écrit toutes ces chansons et qui a choisi une belle brochette de producteurs pour finir le travail : rien de moins que Kenmochi Hidefumi – monsieur musique de Suiyoubi no Campanella –, Dorian ou STUTS. Le résultat est top, entre RnB et disco, avec une particularité rafraîchissante dans le monde de la Jpop acidulée : un timbre de voix grave et profond qui donne une vraie crédibilité à cette galette.

TAMTAM – NEWPOESY

Après un virage dans le pop-rock le plus classique chez Victor, c’est chez P-Vine que TAMTAM revient aux sources de leur premier album : les rythmes reggae – et la coupe au bol pour la chanteuse Kuro. Mélodies entêtantes, riffs de guitare ou de trompette (ouais allez), un plaisir à écouter de bout en bout.

Y’a bon :

Les autres trucs cools.

Utae – toi toi toi

Entre une release d’ambiant expérimentale et une autre de field recording, on trouve désormais chez Purre Goohn de la dream-pop flirtant avec l’electronica sur ce premier mini-album de la jeune Utae. Des superpositions de voix, des une guitare style shoegaze ou un beau break de violon : c’est une production bourrée de détails, qui crée un univers unique en son genre, typique de ce label – qui a aussi sorti cette année une galette de AOR, plutôt intéressante. Un nom à retenir.

Metafive – META

Dur de passer outre ce super-groupe qui s’est installé dans le paysage musical nippon. Composé de vétérans comme Takahashi Yukihiro de YMO, Towa Tei, Sunahara Yoshinori, Cornélius, tout est solide ici. Pourtant je n’étais pas très emballé au départ par le Don’t Move qui avait servi de teaser, mais l’album – et le mini-album METAHALF plus récemment – forme un tout vraiment facile à écouter dans un mélange anglais-japonais, à l’image de la culture musicale des membres. En tous cas le succès est au rendez-vous, la génération YMO n’a pas fini de laisser sa trace dans l’histoire musicale du pays.

Soil & « PIMP » Sessions – BLACK TRACK

200207-md

Depuis le départ récent du saxophoniste Motoharu, on sait désormais que cet album est le dernier de cette version à 6 du groupe. Toujours des featurings sympas – notamment Ukigumo qui amène sa guitare – pour un tout solide comme à leur habitude. Avec le recul, on peut finalement se dire que le groupe avait pris un rythme de croisière un peu tranquille, loin de leurs débuts explosifs, et que le départ d’un de leurs membres pourrait mettre un coup de pied dans la fourmilière.

Wonk – Sphere

folderPremier album pour ce groupe de jeunes Tokyoites, auto-genrés «experimental soul». Personnellement je les mets dans le panier de «nu-soul» avec Robert Glasper Experiment ou Hiatus Kaiyote, c’est à dire un savant mélange entre de vieilles recettes soul, un bon poil de jazz et des éléments carrément modernes. Pas un mot de japonais ici, tout est chanté en anglais – avec probablement un accent que certains trouveront douteux – mais sonne très bien avec des notes de flûte traversière, des épisodes rappés (en français sur Real Love !!)… Une belle découverte !

Ce live chez Redbull vous donnera un bon aperçu.

Lafayette – Les dessous féminins

Ça ne vous aura pas échappé que j’ai pas trop le nez dans la chanson française, mais de temps en temps je tombe sur un truc qui me fait plaisir. Lafayette c’est une pop adulte, des cœurs féminins sur des nappes de synthés. Rien à redire.

婦人倶楽部 – フジンカラー

Ce groupe un peu mystérieux de femmes de l’île de Sado (en face de la Corée) nous livre un album très bien écrit dans un style très Shibuya-kei. Ça devient rare ces jours-ci – non Negicco est loin de me suffire pour ça – et c’est du coup très agréable.

あっこゴリラ – Back to the Jungle91j21c-3bjl-_sl1500_

J’étais tenté de la mettre en dernière catégorie parce que j’en écoute pas tant que ça, mais Akko c’est tellement de bonne humeur, de lol, de bananes – et d’alcool – que je me dois de vous la signaler.

À suivre :

Pas ce que je retiendrai le plus de cette année, mais qui peut valoir le coup de s’y pencher:

浜崎容子 – Blue Forest

Premier petit album en solo de la chanteuse d’Urbangarde. Je ne suis pas très amateur de la musique de ce groupe mais j’ai de l’estime pour eux, cet album est en tous cas plutôt réussi.

イロメガネ – 37.2℃

Un peu inégal mais premier full-album prometteur pour cette auteur-interprète. Le morceau 勇気を持ってグッドバイ qui ouvre l’album est vraiment superbe.

相対性理論 – 天声ジングル

Le groupe est toujours présent et solide, revient avec un clip réalisé par Kiyoshi Kurosawa, mais je suis pas tant emballé que ça finalement. Allez savoir.

ぼくたちのいるところ。 – ごみ

Je n’écoute plus tellement de Rock à proprement parler ces temps-ci, mais quand ça m’arrive, cet album fait très bien l’affaire.

ZA FEEDO – 2772

Premier album d’un groupe qui n’a rien de débutant. Plus largement un variante de Yasei Collective avec une chanteuse, le groupe m’avait interpellé avec ce clip de 2772. Au final je trouve que l’album manque de cohérence,  passant de morceaux plutôt pop indé à des bouts plutôt prog-rock. Ça intéressera les gens cherchant de la musique ambitieuse.

リアル3区 – ドンキ行くけどなんかいる?

Trio pop féminin, très prometteur.

カネコアヤノ「さよーならあなた」

J’en ai moins écouté cette année, mais Ayano est toujours là et fini l’année avec un clip un peu dérangeant chez Lute.

CLUB CHEVAL – DISCIPLINE

Un peu de «club music» ? Cet album est finalement celui qui m’aura convaincu sur le groupe.

Bonus de fin

Le clip que j’ai le plus regardé de l’année, le groupe est toujours là et bien installé :

 

Encore faim ? Il m’en reste…

J’ai aimé pas mal de trucs en 2016. Mais je vais être long sinon…

クウチュウ戦 – 超能力セレナーデ, SUCHMOS – MINT CONDITIONミツメ – A Long Day大比良瑞希 – TRUE ROMANCE冨田恵一 – SUPERFINE, AOR – TWO坂本慎太郎 – できれば愛を, D.A.N. – D.A.N.Juliette Armanet – Cavalier Seule, ZOMBIE-CHANG – ZOMBIE-CHANGE, General Elektriks – To Be A Stranger, DALLJUB STEP CLUB – We Love You

Rétrospective 2015

Oui rétrospective, parce que les classements c’est pour les élitistes d’abord (et que je sais pas me décider surtout).

C’était une année au départ peu prometteuse dans mon petit univers musical mais qui a finalement donné lieu à de belles découvertes que je vais me faire le plaisir de partager, en espérant tout le meilleur pour vos oreilles.

CICADA (シケイダ) – BED ROOM

Pour commencer en beauté, ma révélation de l’année. Jeune groupe Tokyoïte, formé il y a moins de trois ans, aux influences plutôt trip-hop. Le résultat est un album très lounge, un peu R’n’B, avec des percussions au poil et un chant qui, sans être merveilleux de technique, fait très bien le boulot. Pour un premier album c’est carrément top. Cerise sur la gâteau, ils ont été très sympas quand je suis allé les voir en concert et j’ai tapé la discut’ après.

Ils ont sorti un single plus tard dans l’année, cette fois bien plus inspiré de drum’n’bass, ce qui me fait tout aussi plaisir. C’est sur leur soundcloud.

SUCHMOS – THE BAY

Dans le genre premier album pour un jeune groupe je demande Suchmos !

Ce que l’on peut entendre d’eux avec leurs clips comme ci-dessus montre d’emblée leur style là aussi Soul, Funk,  R’n’B, mais à ma grande surprise l’album nous propose aussi des morceaux bien plus rock. On a affaire à un groupe plutôt complet, avec un bon succès car parmi les meilleurs ventes iTunes de l’année, à suivre de près ! Mention spéciale pour ce featuring avec Ryofu, rappeur que j’avais déjà entendu chez Base Ball Bear, bien mystérieux mais avec un flow toujours aussi cool !

水曜日のカンパネラ – ジパング

Pour continuer dans la lancée « groupe hype avec clips cools », impossible de rater Suiyoubi no Canpanella cette année. Avec pas moins de 9 clips, aidés par divers partenariats publicitaires (Parco, Nissin, etc.), le groupe nous en fout plein les mirettes. Et pas seulement les mirettes, puisque qu’il y a des compositions de Kenmochi Hidefumi pour tous les goûts mais toujours au top. On y voit aussi Komuai dévier un peu du style rap qu’on lui connaissait  – parce qu’elle n’aime pas trop son flow apparemment. Petite déception : l’album est au final un peu court, surtout si l’on a suivi de près les sorties des différents clips/leaks/pubs.

Mon choix se porte sur ce « Medusa » un peu house, mais n’hésitez pas à jeter un œil à l’éblouissant Ra, l’étrange Macchi Uri no Shôjô (La petite fille aux allumettes), puis vous savez utiliser Youtube aprèsjesuispastamère.

綿めぐみ – 災難だわ

C’est une grosse claque que je me suis pris sur ce clip aux premiers visionnages. Wata Megumi est une jeune artiste à la voix fluette genre Yakushimaru Etsuko dont les morceaux tiennent bien la route face à cette dernière – qu’on a moins entendu cette année d’ailleurs mais j’y reviendrai. En tous cas cet album un peu pop avec des instrus originales est un vrai plaisir. C’est probablement plus de la musique à écouter chez soi qu’à aller voir en concert cela dit, je doute que la jeune aie assez de présence sur scène.

3776 – 3776を聞かない理由があるとすれば

3776 c’est un groupe – plus très groupe, il n’en reste qu’une – d’idols et ça se prononce Mi-na-na-ro. Mais 3776, pour les connoisseurs, c’est aussi la hauteur du mont Fuji-yama ! En effet le groupe est basé à Shizuoka, pas très loin de ce dernier. D’ailleurs impossible de le rater puisque le thème revient dans nombreuses de leurs chansons et dans les interludes, car oui il y a plusieurs interludes sur cet album d’une bonne heure, ce qui n’est pas une durée très répandue de nos jours. Sans aller jusqu’aux 20 minutes du dernier morceau de leur E.P. « Love Letter » dans un style complètement rock progressif, on a donc de quoi faire.3776 pochette d'album

L’album est tout de même assez pop et accessible, avec de bonnes rengaines et des lignes de basse bien rondelettes – quoi qu’un peu trop synthétiques pour certains probablement – et une vraie construction tout du long, plutôt qu’une succession de singles comme on le voit souvent dans ce genre. Mais surtout, le vrai plaisir de cet album sont ces fameux interludes où Chiyono – la seule interprète si vous avez suivi et je rappelle qu’il y a un manager/compositeur qui fait le reste – nous raconte des bêtises avec une voix vraiment vivante, style seiyuu (doubleur d’animés). Je trouve qu’elle a un vrai talent pour ça, ce qui rend l’album vraiment charmant. Je vous invite donc à jeter un coup d’oreille et à soutenir ce petit groupe indé qui met du cœur à l’ouvrage.

Malheureusement, le seul clip dispo est pour la moins bonne chanson de l’album, assez plate – bien qu’on devine d’emblée l’intention avec ce titre. Mais je ne conseillerais pas un album d’idol si c’était comme ça tout du long, vous croyez bien, je vous invite donc à jeter un œil à des enregistrements live qui vous donneront un plus large aperçu du répertoire.

カネコアヤノ – 恋する惑星

Kaneko Ayano est une jeune – encore ! – musicienne originaire de Kanazawa qui en est déjà à son deuxième album avec cette galette. C’est cette fois dans un style rock-folk plus classique mais l’album est très frais tout du long. Peut-être les thèmes des chansons pourront déplaire à certains plus âgés cependant.

Tha BOSS – IN THE NAME OF HIPHOP

Quand il se passe quelque chose chez THA BLUE HERB, c’est à ne pas rater. Cette fois c’est le MC, Ill-bosstino a.k.a. tha BOSS – plus très jeune lui –, qui nous offre un beau morceau de hip-hop. Si THA BLUE HERB est bien connu pour les prods un peu expérimentales de O.N.O, ici on a le droit à toute une variété de beatmakers et de feturings, et pas des moindres : Grooveman spot, Punpee, DJ Krush, Big J.O.E, etc. Si vous aimez un peu le rap japonais, aucun risque avec cette galette.

Babx – Cristal Automatique #1

Pour changer, un peu de musique française. Le génial Babx a cette fois sorti, sur son nouveau label indé, un album d’adaptations musicales de poèmes. Rimbaud, Baudelaire, Genet – « Le condamné à mort » déjà mis en musique par Daho et Jeanne Moreau – mais aussi Jack Kerouac, Tom Waits, le québecois Gaston Miron. L’ensemble est un superbe album comme l’homme sait en faire – même pour Camélia Jordana que ne moquent que ceux qui n’ont pas écouté ses albums.

Ólafur Arnalds & Alice Sara Ott – The Chopin Project

Pour finir cette liste top-tier, on reste dans du rêveur avec ce disque co-réalisé par le compositeur islandais Ólafur Arnalds qui revisite des intemporels de Chopin avec la pianiste Germano-japonaise Alice Sara Ott. Le résultat est soufflant – bon ok j’aime beaucoup chopin à la base – avec de très beaux ensembles à cordes comme sait en faire Arnalds et la talentueuse pianiste connaissant le répertoire sur le bout des doigts – si je puis me permettre cette formule ici.

Si vous n’aimez pas ça, je ne peux plus rien pour vous.

BONUS !!!

Je voulais pas trop allonger l’article, je fais court à partir d’ici pour compléter le reste.

Déjà, je vous parlais de Yakushimaru Etsuko un peu plus tôt, elle a composé un morceau et réalisé le clip pour la doubleuse Hanazawa Kana. Si le reste de l’album est passable, ce morceau m’a tout de suite interpellé quand je l’ai entendu chez Tower Records. Le clip semble tout droit sorti d’un film d’un réalisateur contemporain genre Kurosawa Kiyoshi ou Ryuichi Hiroki.

(Enfin si vous avez une IP japonaise vous aurez l’extrait de ce clip, toujours aussi marrants chez Sony)

Vous en voulez encore ? D’autres albums cools :

Dominique A – Éléor : s’il m’a moins convaincu qu’Au Revoir Les Lueurs, cet album est très bon.

一十三十一 THE MEMORY HOTEL : La recette change peu,  mais Hitomitoi est toujours au top de la pop neo-shôwa (je viens d’inventer le terme).

G.Rina – Lotta Love : Dans un style R’n’B mais avec un peu les mêmes collaborateurs qu’au dessus (Kashif, Luvraw, Tofubeats…). Solide.

Parkgolf – Par : premier full album du compositeur Parkgolf, habitué des netlabels et sorti ici chez Day Tripper, le label de Seiho. Un style très trap, y’a du niveau mais le tout manque un peu d’âme au final…

Canblaster & Lido – Superspeed : Tant que j’en suis à la trap, gros EP fourmillant de détails de ces deux là.

Cornelius – Ghost In The Shell Arise : Alternative Architecture : Je ne suis pas particulièrement un fan de la franchise, mais le fameux Cornelius montre qu’il est bien vivant avec un OST de très belle qualité. Voyez la quatrième vidéo du lien, avec Sakamoto Maaya au chant.

Towa Tei – CUTE : Dans le genre vieux de la vieille, un bel album encore, vous verrez Haruomi Hosono dans la télé.

yamp kolt – Chewing : Pas mon préféré mais un album hyper solide, très bien travaillé, avec toute une variété de chanteuses en featuring comme l’homme sait faire (Hitomitoi, Yakushimaru Etsuko, U.A., etc.).

Base Ball Bear – C2 : Bon quand c’est moi, dur de passer à côté d’un nouveau BBB. Ils nous ont offert 3 excellents singles cette année pour un album globalement toujours bien cool.

Rone – Creatures : Bel album du producteur français Rone, tend vers l’electronica un peu.

Budamunk – The Corner : Pour finir, un sympathique album solo du beatmaker Budamunk, avec toute la bande en featuring (Slack, Punpee, OYG…).

 

Lady or Girl?

Première petite critique musicale sur ce blog, et pour commencer c’est Nosa Reina & The Blue Valentines.

Lady or Girl?

Pur produit de Yokohama, Nosa Reina se trimballe l’héritage de la bonne pop Shôwa, et ne s’en cache pas du tout.

Ça commence avec un nom qui me rappelle ceux de groupes des années soixante comme Pinky & Killers, auxquels Nosa Reina emprunte le timbre de voix beaucoup plus que chez Akiko Yano femme-enfant, ou une Ayumi Ishida chantant du nez. On ne va pas cracher dessus, ça colle bien à cette image plus sexy de la chanteuse avec son brushing au volume impeccable. Notons qu’au-delà du nom, la couleur est largement annoncée par les covers des singles qui se passent de commentaire :

Hoshi furu oka Space Camera

Cela dit, aucunement ici de vinyl limité ou de version cassette (coucou Tentenko et son clip en VHS), le mixage est propre et moderne et la galette plutôt orientée easy-listening. On nage ici en plein kayōkyoku, aux paroles sympathiques, bien loin de toute expérimentation. A l’exception d’un track 3 Katteni Destiny, probablement plus inspiré des 80s et sa kayōtechno, l’instrumentation est globalement rock. On a le droit a de petits riffs sympas, une guitare rythmique très présente, des refrains bien calé, des ambiances variées avec Warui Onna, Moon Night Bossa ou Nee. Bien qu’aidée par quelques artifices de mixage, la performance vocale reste agréable, heureusement loin au dessus du niveau Hanae.

Tout s’écoute sans difficulté, ça n’en fera sûrement pas le CD de la décennie, mais cette bonne vieille pop à la japonaise fait toujours plaisir à entendre et ce disque pourrait bien vous arracher quelques pas de danse dans le salon – sinon les cheveux de vos collègues vous entendant chantonner toute la journée.

Note : Parfait à écouter sous un soleil printanier.

Label : Apricot Sounds
Ref:ACDS1

Tracklist
1. 星降る丘
2. 恋のスクランブル交差点
3. 勝手にDestiny
4. うらぎりの街角
5. 悪い女
6. スペースカメラ
7. moon night bossa
8. ロックンロールドライブ
9. ねえ
10. 今日はさよなら

Quand Finkie n’était pas né

La rengaine tournait dans les médias depuis quelques temps déjà et elle a été ravivée par les évènements de janvier : il y a un problème avec l’islam en France. C’est pas moi qui le dis, c’est Finkie, Eric et leurs copains éditorialistes de bon jus. Mais tout problème a une solution n’est-ce pas ? Sauf que Louis Alliot nous explique que de toute façon, l’islam est incompatible avec la république, alors tout ce qu’on peut faire c’est s’en débarrasser. Rien de plus facile que de foutre les musulmans dehors pour gagner la paix sociale, demandez à l’Inde, c’est passé comme une lettre à la poste.

Alors qu’il n’y a jamais eu autant d’athées en France, les tensions religieuses sont de plus en plus fortes, c’est bel et bien la faute de la religion si tout fout le camp ! Les laïcs sont les seuls remparts à l’obscurantisme, il suffit de demander aux professeurs de mieux éduquer les enfants – sans augmentation de salaire, sans formation, avec les parents sur le dos. Et ainsi de rendre la France aux français de souche !

« Qu’ils soient de souche tant mieux pour eux, mais une souche par définition c’est pourri » entendu je sais plus où, retranscription approximative

Dans le Monde Diplodocus (terme emprunté aux rigolos de Contrepoints.org) de ce mois-ci, c’est un papier salutaire de Benoît Bréville qui met le nez dans le problème sous l’angle historique. Comme on dit « il faut tirer les leçons du passé pour ne pas reproduire les mêmes erreurs », les erreurs pointant le bout de leur nez ici étant celles de la seconde guerre mondiale avec cette fois non pas les juifs en bouc-émissaires – quoi qu’en disent leurs défenseurs – mais bien les musulmans.

Benoît Bréville nous rappelle donc que l’histoire de l’immigration française est étoffée, rien que dans le 20ème siècle : des italiens, des belges, des espagnols fuyant Franco, des polonais et ceux auxquels il s’intéresse particulièrement, les russes, les arméniens, les juifs (notamment fuyant les pogroms d’Europe de l’est).

« Les Russes émigrent en France après les révolutions de 1905 et, surtout, de 1917 ; leur nombre s’élève à soixante-douze mille en 1931. La plupart travaillent dans l’industrie automobile ou comme chauffeurs de taxi, et appartiennent aux catégories populaires. Mais le groupe compte également une élite généralement francophone, souvent issue de la noblesse ou de la bourgeoisie […]. L’ensemble du groupe profite de cette réussite, bénéficiant d’un « traitement de faveur » qui le met à l’abri des brimades frappant d’autres migrants. »

Les riches russes francophone n’ont évidemment aucun problème à s’intégrer au milieu parisien, puisque bien au courant des codes de vie du beau monde de l’époque. Une fois bien installés ils soutiennent leurs compatriotes russes et tout va bien, le monde ilébo. Tiens ça vous rappelle pas un truc ? Ouais le complot juif !

« Ouvriers, artisans ou petits commerçants, les juifs arrivés dans l’entre-deux-guerres vivent souvent dans des quartiers pauvres et délabrés, où ils se heurtent au racisme de leurs voisins français. Comme nombre de réfugiés, ils disposent parfois d’un capital culturel supérieur à la moyenne de leur pays d’origine (un trait également observé parmi les réfugiés afghans, syriens ou africains). […] Au fil des décennies, certains descendants de ces premiers arrivés s’élèvent dans la société, au point d’occuper aujourd’hui des postes de pouvoir, notamment dans les milieux journalistique, politique et universitaire »

Le « capital culturel supérieur », c’est en gros qu’ils sont pas cons et qu’ils se trimballent un savoir séculaire – je ne m’étendrai pas trop là dessus, de peur d’afficher mon ignorance crasse. Et les arméniens ?

« Quoique peu nombreux (dix-sept mille en 1931), ils sont jugés d’emblée « inassimilables ». « Si les Russes sont loin du peuple français à bien des égards, ils ont en général un niveau culturel qui permet des contacts. Avec les Arméniens, ce contact même est difficile », considère ainsi Georges Mauco, la tête pensante des politiques migratoires pendant les années 1930 et sous le régime de Vichy. »

Mais qu’est-ce qu’on va foutre alors d’immigrés qui sont cons ? Facile : on leur fait faire le boulot de merde que personne ne veut. C’est ça aussi la première raison de la présence d’immigrés nord-africains en France, sélectionnés savamment par les (anciens) colons.

Loin de ses positions des années 1930, la droite salue alors l’apport des travailleurs étrangers. Ainsi, après la mort de cinq ouvriers africains asphyxiés dans leur sommeil par les fumées d’un feu mal éteint dans un foyer d’Aubervilliers, Le Figaro explique, sur un ton qu’on ne lui connaît plus : « Qui veille à la santé de ces infortunés transplantés ? Ils balaient les rues lorsque les caniveaux sont gelés, puis ils tentent de triompher de la tuberculose qui les mine ou de l’oxyde de carbone ! Voilà le sort de ces déshérités. Il importe d’y apporter d’urgence un remède »

Le patronat de l’époque n’hésitait d’ailleurs pas à installer des salles de prière dans les usines (d’après un bouquin de Patrick Weil cité dans l’article) pour contenter tout le monde.

Mais du coup avec le choc pétrolier, la montée du chômage, plus personne ne veut plus prendre soin de ces travailleurs immigrés. Pis, ils piquent le travail des honnêtes français – qui jusque là sirotaient leurs cafés en terrasse en regardant les bougnoules travailler. Mais bon quand tu t’es cassé le cul à quitter le bled pour vendre ta force de travail en métropole, t’en as un peu rien à foutre du choc pétrolier, ce que tu veux c’est du boulot. Roh t’es exigeant mon gars, regarde on te propose un logement trop top, c’est un peu loin de Paris mais c’est pas cher… La suite vous la connaissez.

Et là vous allez me demander : « Mais il veut en venir où ce con avec son article que je peux même pas lire en entier parce que je suis pas abonné  (et c’est mal) ?« .

En fait je veux insister sur ce terme de « capital culturel ». Il se rapporte bien aux théories de Bourdieu – qui m’ont convaincu – plutôt déterministes et d’inspiration au croisement des traditions marxiste et wébérienne. A défaut de capital économique qui n’est pas la caractéristique des immigrés – sauf quand vous avez un gros lot genre Bernard Arnault ou Depardieu – c’est bien ceux avec un capital culturel qui sont à même de s’intégrer à la société, parce qu’ils seront capables d’en comprendre les rouages, de s’adapter et de tirer leur épingle du jeu. C’était donc le cas des bourgeois russes, des juifs, probablement d’une bonne partie des espagnols fuyant volontairement le fascisme.

A contrario, les immigrés « économiques » qu’on été les magrébins, souvent d’origine paysanne, ne vivent que par leur force physique qu’ils monnayent dans les usines. Quand vous le leur enlevez, vous ne pouvez pas espérer les placer dans des postes à haute valeur ajoutée tels que comptable, ingénieur, marketeux-mes-couilles, etc., ils en sont réduits au chômage et la précarité. Et quand des gens qui n’ont pas fait des études ont des enfants, ne comptez pas sur l’école publique française – une des plus inégalitaires – pour rattraper l’affaire. D’où la persistance des problèmes avec les deuxièmes et troisièmes générations, toujours aussi précaires et ghettoisées – un apartheid dit même Hollande ce matin. Et plus elles sont marginalisés, plus elles sont faciles à manipuler, la preuve récente en est Cazeneuve qui déplore dans les ZAD des « groupes très structurés » qui « suivent des stages de résistance, bénéficient de soutiens logistiques, d’assistance médicale et juridique, et s’équipent de dispositifs de protection. » Un bon citoyen est un citoyen qu’on peut facilement mâter.

Mais l’article de Benoît Bréville met en lumière autre chose : « Le débat sur l’immigration a été vidé de son contenu social. » au profit donc d’une lecture religieuse, exacerbée par l’actualité internationale. Comment dans ces conditions espérer que l’encarté FN de Hénin-Beaumont et l’arabe de Seine-Saint-Denis comprennent qu’il ont ensemble plus en commun qu’avec les technocrates de Paris pour les uns et la famille royale saoudienne pour les autres ? L’apartheid dont se réclame l’exécutif n’avait-il quoi que ça soit de religieux ?

Pour l’instant le débat en reste à lire l’enfance misérable des frères Kouachi et dire « ouais mais bon c’est des islamistes dangereux, ils avaient pas qu’à », à tomber pieds joints dans le piège du terrorisme en se braquant sur des problèmes de surface et ne plus voir les problèmes de fond, notamment celui d’un système économique à bout de souffle qui ne profite plus aux populations, quelle que soit leur origine.

Cela me fait enfin penser à la guerre de Bosnie-Herzégovine, dont on va cette année fêter les 20 ans. C’est bien une situation économique calamiteuse qui a causé l’éclatement de la yougoslavie. D’abord par la séparation de la Slovénie puis celle de la Croatie. Puis finalement une véritable guerre civile en Bosnie, entre Bosniaques musulmans, serbes et croates qui vivaient depuis des décennies une stabilité multiculturelle inspirante. Évitons donc que la vengeance personnelle de Zemmour, « le grand remplacement » ne devienne un Srebrenica.

Voilà, c’était peut-être un peu long et imprécis, mais c’est un point de vue qui me tient à cœur, loin des débats médiatiques mainstream donc qu’il me semble intéressant de diffuser un peu par d’autres canaux.