Favs 2018

Me revoici avec ma sélection annuel­le, bien que très en retard compara­tivement aux autres années. C’est à cette oc­casion que je me rends compte que écrire, mais surtout bien écrire, n’est franche­ment pas évident. Mais aussi qu’écouter un album, même des di­zaines de fois, ne suffit pas pour être capable de le décrire pré­cisément. Ap­précier un album est tou­jours person­nel et vague.

En tous cas j’ai choisi ceux-ci, soit parce que je les trouve fantastiques, soit parce qu’ils sont peu connus et méritent franchement de l’être. Bonne lecture et à l’année prochaine ! (au plus tard je l’espère)

Kuwabara Ai The Project – To The End Of This World

J’ai rapidement évoqué Ai Kuwabara l’année dernière pour son album en duo avec Shun Ishiwaka, avec qui elle jouait en trio il y a quelques années quand je l’ai entendue pour la première fois. Cette année, point de Shun, mais probablement son album le plus ambitieux à ce jour, ce qui explique probablement le titre de « The Project ».

1 heure de long, plus d’une quinzaines de musiciens participants, pour un résultat qui semble parfois emprunter tout autant au Jazz qu’au classique. Classique d’abord par l’ensemble de cordes sur les pistes 3 et 6, ce dernier étant d’ailleurs une reprise d’un morceau de Françis Poulenc, ou encore le suivant, Maria de Leonard Bernstein. Classique également par la longueur de l’album et de certain morceaux, qui offrent ainsi plusieurs facettes.

Fondamentalement, ça reste un album de jazz. La reprise de Love Me Or Leave Me ou la présence de Ben Wendel – sur l’excellent The Error – en attestent. J’ai mis un peu de temps a vraiment apprécier l’album au début, du fait de sa longueur pro­bablement — aussi proba­blement parce que écouté au bureau en bossant — mais ça valait la peine de s’accrocher. L’enchaîne­ment des 4 premiers morceaux est incroyable, une fois bien lancé par l’Opening — de 8 minutes tout de même —, le morceau MAMA amène le rap de Daichi Yamamoto, preuve de l’ancrage réso­lument moderne de l’album. Puis Mother amenant les violons, ainsi que la déli­cieuse basse fretless de Ryoji Orihara, qui continue de jouer sur Error avec sa phrase musicale telle un refrain. Même si on a là passé le point cul­minant de l’album a mon goût, le reste est loin d’être mauvais, entre reprises auda­cieuses, le rythmé 919 et une morceau de fermeture qui fait parfaitement bien son boulot.

Ai a dé­fini­ti­ve­ment prouvé son talent de compo­sition ici, et a soi­gneusement choisi d’excel­lents musi­ciens pour com­pléter son talent de pianiste.

R+R=Now – Collagically Speaking

Ayant découvert l’album Artscience tardivement, il n’est pas apparu dans mon top de 2016 et je n’ai donc pas encore eu l’occasion de dire comme j’apprécie la musique de Robert Glasper. C’était donc avec beaucoup d’excitation que j’attendais la sortie de cet album annoncé avec un ensemble un peu « All Stars » du jazz américain actuel. Robert donc comme chef d’orchestre et pianiste, son fidèle acolyte Derrick Hodge à la basse, l’incroyable Justin Tyson à la batterie, Terrence Martin au saxophone et vocoder, Taylor McFerrin (!) aux synthés, divers samples et même beatbox, et enfin le flamboyant Christian Scott à la trompette — donc j’ai beaucoup apprécié la trilogie The Emancipation Procrastination.

Cet album offre un subtil mélange entre morceaux — ou parties de morceaux — typiquement jazz, des passages plutôt hip-hop, mais surtout une ambiance un peu méditative presque ambiant sur certains tracks. En cause d’abord, les rythmes de batterie très répétitifs qui rappellent parfois du hiphop instrumental mais sans son coté mécanique de la boucle. Justin a un style vraiment singulier, avec profusion de notes mais d’intensité très maîtrisée. S’y ajoute une basse discrète, versant souvent dans les arpèges, la tonne d’écho sur les longues notes de trompettes, les légères nappes de synthé de Taylor, les miaulements du vocoder, et pour enrober le tout le piano de Glasper plutôt tendance rhodes donc tons chauds et profonds.

C’est particulièrement le cas sur Awake To You, By Design ou The Night In Question qui offre une partie de trompette d’un incroyable intensité, bon à chialer. Ou encore Been On My Mind avec le beatbox, les choeurs, les cordes de basse. Parlant de basse, même si plutôt discret comme évoqué plus tôt, Hodge est présent sur Respond mais nous offre le singulier Her=Now, où l’on entend presque que son instrument, par enchaînements d’arpèges, d’harmoniques et de cordes, agrémentés d’un étonnant discours féministe de l’actrice Amanda Seales.

Au milieu du disque on trouvera aussi les plus jazz Resting Warrior avec sa ligne de basse dynamique, son solo de batterie et Colors In The Dark qui démarre lentement mais va crescendo jusqu’à (encore) un incroyable solo de batterie. Ou encore le plutôt groovy Reflect Reprise avec le rap de Stalley.

Mais l’ambiance qui domine reste plutôt cette de la contemplation, les longs morceaux — l’album en lui-même fait d’ailleurs 1h13 — changent parfois d’ambiance à mi-chemin et récompensent plutôt celui qui écoute attentivement, ou écoute plusieurs fois pour apprécier le performance de chaque musicien, tout en restant très agréable comme musique de fond à écouter en faisant autre chose.

R+R=Now serait l’acronyme de « Reflect and Respond Now », plutôt descriptif de ce que vous pourriez faire en écoutant cet album de bout en bout.

Shun Ishiwaka – Songbook 3

Ishiwaka, jeune batteur que dont j’ai déjà parlé pour sa participation au groupe CRCK/LCKS, a ce projet un peu fou de sortir tous les ans — en plus des centaines de concerts et dizaines de sessions en studio — un mini album de chansons écrites par les chanteuses et lui s’occupe du reste.

Sur cette troisième année, toujours une recette similaire entre le jazz et le folk/rock indé — désolé j’ai pas fait musicologie. Jazz plutôt par la versatilité du jeu de batterie, le jeu de piano, le son du Rhodes — aussi joué par Ishiwaka — la basse de Marty Holoubek, la participation de cuivres ou encore le solo de synthé de Watanabe Shouta sur le génial Okonomiyaki. Le rock plutôt par la guitare de Nishida Shuta « crazy guitarist » ou l’intensité de SSTC. Et le reste, qui emprunte plus à la formation classique des musiciens : morceau d’ouverture avec son marimba, son petit orchestre de cuivres, la voix singulière de ermhoi, ou même généralement la voix de Kakudo Manami qui n’a rien de rock.

Globalement l’album est très varié. La longueur de Okonomiyaki évoqué plus haut permet plusieurs phases, d’une intro au tempo incroyablement rapide, à un couplet, un solo de clavier, un chant aux syllabes étrangement détachées… Ensuite, Tsuzuku yo a pour base la régularité des cuivres et le phrasé de Manami, derrière lesquels la batterie et le piano jouent de manière de plus en plus arythmique et crescendo. Song of New Year’s day morceau terminant « officiellement » l´album — les pistes 6 et 7 sont un bonus de la version CD — a une ligne de basse rythmée qui contraste avec le piano sonnant plus classique. Enfin New Waltz et Rest for Now sont quand à eux deux morceaux en duo piano/voix. Le premier donne la part belle au piano alors que le deuxième est plus clairement une ballade apaisante.

Avec ce 3ème opus de son Songbook, Ishiwaka affine de plus en plus son style, toutes ses mélodies sont à la fois incroyablement faciles d’accès, dans l’esprit de « chanson » mais le son est parfaitement travaillé, la performance est à la fois impeccable comme on l’attend de musiciens de ce niveau mais évite la platitude, car ils sont tous d’abord des amateurs de musique live. Je ne peux qu’attendre avec joie le prochain numéro.

Kakudo Manami – Ya Chaika

Collaboratrice régulière de Ishiwaka Shun, percussionniste pour Cero, j’avais déjà entendu parler de Manami, mais je ne savais pas trop à quoi m’attendre au moment d’écouter cet album.

Dès le premier morceau Dance, le ton est donné. Un son très accoustique, la voix de Manami, aérienne et douce, et quelques moments de d’impro bruitiste.

Ce Ya Chaika n’est pas le genre d’album à vous en mettre plein les oreilles, c’est très intimiste, lent. Sur un morceau comme 朝が夜を照らしている on peut avoir droit à des sifflotements sur une phrase de piano répétitive. Dance ou so far ont une orchestration plus complète et donnent une envie irrésistible de se balancer de gauche à droite. Le curieux Amadeus propose un crescendo de guitare sur un chant lancinant. 砂の毛布 ou Ya Chaika donnent eux un peu l’impression d’avoir été enregistrés dans un café-musique, tout comme la plupart des interludes.

En bref, un disque très singulier, à écouter bien posé, lors d’un long après-midi ou avant de se coucher.

Metome – Dialect

Je connaissais metome depuis quel­ques temps car c’est un proche de la bande à Maltine Records, dans ce micro­cosme du Kansai. Je n’en avais que peu écouté jusqu’ici, je trouvais ça trop expé­rimental et une peu drone, comme peut le sug­gérer le morceau d’ouverture de cet album, Carves, sorte de ressac de bruit blanc. Mais dès Palm, l’album prend son rythme de croi­sière. C’est glo­bale­ment très house, mais pas house dans le genre ultra japan sur une plage, vous me con­nais­sez. C’est plutôt vers la musique ambiant que lorgne ce Dialect, genre bar lounge sombre en fin de soirée au sommet d’une tour. Avec des nappes de basse sur Palm donc, des accords de piano élec­trique — ou son de piano debout passé à travers une cassette, un truc du genre — chauds et englobants, diverses nappes de synthé, des percus plutôt minimalistes loin de l’ambiance actuelle plus à la trap avec profusion de beat repeat. Le tout agrémenté de samples vocaux, modifiés et lancinants.

Puis la deuxième moitié de l’album devient plus singulière. Myrtle Family et Testament ont tous les deux cette nappe de bruit blanc comme sur le morceau d’ouverture et font largement penser à une sorte de boucle réalisée à la main sur de vielles bobines. Harness ensuite, s’il se passe de bruit blanc, offre une simple boucle de violons qui semble tirée d’un vieux film, me rappelant un peu l’utilisation de sample dans la vaporwave. Come to Me offre peut-être le plus fort contraste de l’album avec son rythme changeant — qui surprend et dérange presque par rapport aux rythmes très réguliers jusqu’ici — et sa basse vrombissante, ses arpèges rapides. Puis metome reprend ses habitudes pour les deux dernières pistes, plus ambiant et rêveurs.

Un album assurément très personnel mais qui m’a touché.

Mime – Capricious

Premier album pour ce groupe de 5, dans un style très pop adulte, genre city pop et un peu disco, sorti chez les bons P-Vine.

La chanson Driftin’ ouvrant l’album et son clip donnent plutôt à penser à quelque chose d’assez synthpop avec ce riff de synthé sur le refrain, un effet un peu synthbass, les percus sonnant assez artificielles, et l’ambiance est assez sombre. Le morceau m’a convaincu dès la sortie du clip, mais finalement, cette ambiance n’est pas exactement représentative du reste de l’album.

En effet ce qui ressort surtout ici c’est le groove ! Dès la deuxième chanson Life, le groupe offre quelque chose qui donne envie de se bouger le popotin, en particulier avec ce pont au 3/4 du morceau qui débloquera toute personne n’osant pas bouger. Plus généralement ce morceau confirme le son de cet album — dont on avait tout de même des indices dans Driftin’ — avec la guitare rythmique toujours où il faut et la voix soul de la chanteuse Hikari.

« You make me feel so good [..] I meant to say I love you » dès l’ouverture de MK1 ou le titre suivant Dreams of Love indiquent l’orientation lyrique de cet album aussi, ce côté disco/funk qui rend l’album incroyablement facile à écouter. Si les paroles en anglais sont un peu genre gloubi-boulga japonais, Hikari les prononce d’une manière suffisamment cool pour ne pas que ça gène et l’on se retrouve vite à chantonner les refrains.

Rien de révolutionnaire dans la structure des morceaux, ou dans les arrangements mais pour autant il difficile de trouver quoi que ça soit de raté : les riffs, les petits solos de guitare, les basslines, les overdubbing de voix utilisés avec parcimonie, tout est fait pour passer un bon moment. L’album peut s’écouter aussi bien en fond qu’en dansant. Le groove et les chansons d’amour le rendent efficace aussi bien quand il fait beau et que vous avez la pêche que quand il fait gris et que vous avez besoin d’un remontant. Un groupe que je vais continuer à suivre.

Showmore – Overnight

J’avais évoqué le groupe dans mon top l’année dernière, mais sans creuser car en attente d’un album à proprement parler. C’est chose faite avec cet Overnight à la pochette évoquant une artère Tokyoïte, réalisée comme d’habitude par Tokuyama Fuminori.

La légère déception d’emblée pour cet album aura été le manque de nouveauté, 4 des 7 pistes étant de précédents singles. Mais cela n’enlève évidemment rien à la qualité de ces morceaux pour près de 40 minutes tout de même. On attaque avec leur grand succès, Circus, morceau à la fois plutôt upbeat par sa phrase mélodique syncopée, mais qui donne aussi le ton de cet album plus généralement : urbain — la pochette ne ment pas. Urbain par son orchestration, souvent jazzy mais aussi pop, avec une basse largement électrique. Mais aussi son ton mélancolique, amené par le choix des arrangements, la voix profonde de Nezu Manami et les thèmes abordés. Le lent Unitbath raconte la solitude des regrets et des déboires amoureux, ses variations d’intensité comme les états psychiques successifs d’une longue nuit. L’incroyable rinse in shampoo (qui m’a fait aimer le groupe) et son clip évoquent une rencontre dans un club de Shibuya, où chacun semble s’amuser et sympathiser mais en réalité doute, se fabrique un personnage pour tenter d’exister dans cette ville. Le jazzy Flashback avec son jeu de batterie tout aussi fantastique et son solo de basse, la chaleur du piano électrique est aussi chargé de regrets et d’hésitations. La version revisitée de aurora avec une partie rappée l’est tout autant . Heureusement la dernière chanson de l’album Have a good day, bien qu’agrémentée d’un violoncelle, est plus positive.

Mais tout cela ne veut pas dire que l’album est un repoussoir, au contraire. Les arrangements aux petits oignons, le timbre de voix singulier de Manami, en font un plaisir auditif dans tout état d’esprit. L’album reste généralement assez pop, donc facilement recommandable à tout une variété d’auditeurs. Moi je suis toujours aussi fan.

Masahiro Kitagawa – Polyhedral Theory

Musicien que j’ai décou­vert un peu par hasard, car il fai­sait la pre­mière partie d’un con­cert de Nakamura Kaho — dont il est le cho­riste. Album sorti en vinyle ou en dé­matéria­lisé — ça change des al­bums en cas­set­tes — car Kitagawa fait aussi du mi­xage et mas­tering, et est donc plu­tôt genre ama­teur de son de qua­lité. Un peu geek aussi, car comme ses per­formances live j’imagine, l’album est réa­lisé prin­cipale­ment avec du hard­ware — synthés ana­logiques, séquen­ceurs — un peu une originalité à une époque où les logiciels de MAO n’ont jamais été aussi complets et puissants.

L’ensemble ne sonne en tous cas pas le moins du monde acoustique, certains moments sont une accumulation de synthés, on entend aussi beaucoup de glitches audio, et des percussions sèches qui ont une fâcheuse tendance à se placer un peu en offbeat. Les noms des pistes semblent générés automatiquement (clj, eio, edge). Puis lors d’une coupure abrupte de ces accumulations de son se manifeste parfois une note de piano seule, juste agrémenté — d’une tonne — d’écho.

Finalement cette apparence de désordre rend le disque plus vivant, un peu comme de l’impro, une impression renforcée par le chant toujours présent de Kitagawa qui, bien que parfois sous des effets, est largement soul/RnB et nous rappelle qu’il y bien quelqu’un derrière la (folle) machine. Si on peut difficilement se prononcer sur les paroles pas forcément intelligibles — réalisées sur Google Traduction d’après Kaho — il faut saluer cette initiative plutôt rare dans ce genre electronica/glitch qui s’arrête souvent souvent à des samples vocaux.

Première aventure en solo du gars, ce Polyhedral Theory méritait à mon goût une mention et sa longueur, plus similaire à celle d’un EP, justifie le fait de s’y tenter.

FreeZ – Frame

J’ai eu l’occasion de voir Freez en concert fin 2015, ça m’avait pas mal emballé et j’avais beaucoup écouté les démos disponibles sur leur Soundcloud jusqu’à leur disparition. Sur une poignée d’années, leur style s’est affiné, un nouveau membre a rejoint le groupe et finalement, après une campagne réussie de crowdfunding, le groupe a pu sortir un album digne de ce nom. Le résultat, une sorte de rap artsy.

L’arrivée du claviériste Quentin Rochas, amenant plus de basses, a aussi visiblement libéré un peu les mains de Arthur Vonfelt, homme à tout faire, dont le jeu de batterie devient souvent jazzy, s’éloignant des rythmes classiques de hiphop. Le trompettiste Octave Moritz ajoute aussi à ce côté jazz, et contribue au son du groupe en utilisant divers effets d’écho ou de distorsion pour créer des nappes apportant un certain caractère. C’est Our Own qui sonne le plus jazzy avec son long crescendo final donnant la part belle à ces deux musiciens.

Malgré cette orchestration dont le groupe peut se vanter sur Same, le groupe sonne tout de même très électronique par l’utilisation des synthés, des percus samplées sur plusieurs morceaux. Pas forcément fan du morceau Oswald terminant l’album, diatribe contre Trump, mais le reste vaut à mon avis le détour pour tout amateur de rap cherchant un son un peu nouveau.

Za Feedo – Passengers

J’avais déjà parlé de Za Feedo très rapidement à la fin de mon top 2016, pour la sortie de leur premier album. Cet album aurait mérité que j’en parle bien plus, car je l’ai de plus en plus apprécié. Za Feedo c’est plus ou moins les musiciens de Yasei Collective au service des chansons de Oki Mei, dans un style de rock indé/progressif.

Le morceau d’introduction annonce d’emblée la couleur avec son rythme atypique et la synthbass bien présente. Souvent les morceaux semble construits autour d’une phrase musicale : datoshitara amène sa rengaine de flûte —jouée par le joyeux luron Konishi de CRCK/LCKS qui offre aussi un solo de sax à la fin —, You will be there a cette bassline et son rythme atypique jusqu’à une envolée crescendo, kokokara a cette mélodie d’erhu qui s’emballe jusqu’à la fin de l’album. Tout est agrémenté de la voix de Oki, plus ou moins couverte d’effets mais avec goût, les basslines sont toutes formidables et la guitare se met parfois en avant pour mettre une touche de rock.

Mais le talent des musiciens de Za Feedo c’est aussi d’aller un peu plus loin, avec une touche d’improvisation, des changements de rythme qui surprennent l’auditeur. Par exemple le morceau Routine n’a à peu près rien de plan-plan, passant de couplets doux agrémentés de picotements de synthé pour tourner en quelques mesures intenses, la batterie déchaînée, puis retomber, et ce plusieurs fois jusqu’à la dernière envolée accompagnée d’une trompette.

Bien qu’un peu plus court que leur album précédent, ce Passengers est assurément très travaillé et agréable à écouter.

TAMTAM – Modernluv

J’ai déjà évoqué le groupe dans mes article des années précédentes, et ils ont cette année sorti un album s’éloignant de leur zone de confort qu’avait pu être — le néanmoins excellent — NEOPOESY. Difficile pour moi de dire quelles sont les influences ici, c’est probablement un mélange de toutes sortes de choses, mais on y retrouve tout de même souvent leur son dub habituel. Si le premier morceau est plutôt lent et simple, avec la voix vocodée de GOODMOKU en featuring, dès le morceau suivant les choses s’accélèrent et se complexifient.

Dejavu se construit jusqu’à un final enivrant en crescendo, Morse est plein de couches entre les chorus, les cuivres, la synth bass groovy. Gooooo plus calme mais le chant de Kuro y est particulièrement touchant. Même si pas un mauvais morceau en lui-même, Nyhavn a un peu tendance à casser le rythme avec son rythme house et ses voix filtrées, mais on l’oublie vite avec le délicieux et rêveur Sorry Lonely Wednesday avec Irie Yô en featuring — il en a fait un peu partout cette année — puis un Deadisland un peu syncopé et qui propose une ligne de synthé qu’on prend rapidement plaisir à chantonner. Finalement l’apothéose avec Night Owl, sa part belle à l’instrumental, la batterie au premier plan. Bref, un album que certains trouveront peut-être un poil fourre-tout, mais assurément une volonté du groupe de continuer d’expérimenter qui est louable et cette à mon avis plutôt réussi.

Le mot de la fin

En petit bonus, probablement le clip que j’ai le plus regardé/écouté cette année sur youtube :

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Rétrospective 2017

Le grand top

Comme la dernière fois, je démarre avec une poignée de disques que je recommande les yeux fermés et que j’écoute avec délice.

CRCK/LCKS – Lighter

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J’avais déjà entendu parler de CRCK/LCKS — kurakurakkusu en version originale — il y a quelques temps avec le très bon morceau Goodbye Girl, mais je n’avais pas trop eu l’occasion de creuser. Du coup, l’arrivée du clip de Pa pa pa puis rapidement après de Get Lighter fut une grosse claque. En plus d’être visuellement très bons, ces deux morceaux justifient à eux seuls ce mini-album. Les 5 musiciens y livrent tout leur savoir-faire : un batteur formidable en la personne de Shun Ishiwaka — dont j’aurai l’occasion de parler plus tard; la basse hyper solide de Shunsuke Ochi — qui a entre temps rejoint mes chouchous de Cicada; les délicates touches de guitare de Mei Inoue; et enfin les deux architectes du groupe, Ryô Konishi bricolant le son de ses superbes envolées de saxophone ou chantant sous un vocodeur; la formidable Tomomi Oda dont le chant formidable pâlit sous ses qualités de pianiste. Partant d’une base jazz donnant une complexité au morceaux, en passant par la nu-soul pour les sons synthétiques, l’ensemble est résolument pop avec aussi quelques balades romantiques vraiment réussies. Tout ce qu’on peut regretter c’est que 6 morceaux c’est court et j’attends impatiemment la suite car ce groupe a largement les qualités pour briller !

G.Rina – Live & Learn

À peine avais-je terminé d’écrire mon top de l’année dernière que la grande Rina frappait fort ! J’avais déjà énormément apprécié son album précédent, Lotta Love — bien qu’il n’apparaisse qu’à la fin de mon top 2015 — et Rina renouvelle la formule cette année avec un grand succès. Auteure-compositrice-arrangeuse-interprête, elle nous livre sur cet album des moments assez personnels sur des morceaux comme memories ou Shiawase no Junbi, qui ajoutent à une ambiance toujours très urbaine de la galette. La production live-learn-665x665est par moments moins disco et un peu plus sombre que sur Lotta Love, avec quelques rythmes rappelant la trap sur le premier morceau, des voix largement modifiés voir auto-tunées. Néanmoins il y largement assez de groove pour bouger son popotin, avec par exemple l’excellent close2u ou Natsu no Memai, deux pistes agrémentées de passages rappés judicieux. Enfin évidemment, les featurings sont toujours excellents. L’album attaque vite avec les gros noms, Ginza Dopeness puis la presque mythique Toki Asako mais enchaîne avec des artistes plus confidentiels mais pour un résultat fantastique. Bref, G.Rina montre ici qu’elle pèse lourd dans la scène black music japonaise.

tofubeats – Fantasy Clubwpcl000012632_lll

Vous avez probablement déjà entendu parler de tofubeats, producteur de Kobe qui s’est fait connaître sur le net. Jusqu’ici, ses albums solo semblaient cependant n’avoir que l’ambition de faire une percée dans les charts de la Jpop avec une ribambelle de chanteuses mignonnes en featuring de ses singles. À partir de 2016, il semble avoir un peu avoir abandonné l’affaire mais pour mon plus grand plaisir. Ça avait commencé avec l’excellentissime morceau très trap — avec une touche indispensable de mélodie — SHOPPINGMALL, qui a posé les bases de ce FANTASY CLUB : auto-tune à donf, production hyper léchée et ambitieuse, mais surtout doutes et mélancolie, thèmes pas forcément les plus bankables auparavant dans sa carrière. En fait, au début je n’ai pas énormément accroché à cet album, il m’a fallu plusieurs écoutes et la comparaison avec d’autres albums dans un style proche de netlabels pour m’apercevoir à quel point Kawai a une longueur d’avance. Des morceaux très RnB CALLIN ou LONELY NIGHTS, à ceux très house comme FANTASY CLUB ou THIS CITY, et surtout les deux pistes CHANT encadrant l’album, il excelle dans la manipulation de samples de voix, de synthés analogiques et d’artéfacts sonores dissonants sans jamais tomber dans la musique expérimentale. Cette association de sons sur-travaillés avec le côté dissonant rappelant plutôt l’imperfection humaine devient tout l’intérêt de nombreuses pistes. Parfois frais, électronique et aventureux, parfois très pop, cet album me semble marquer une étape dans la carrière de tofubeats et mérite du coup évidemment de se trouver dans ce top.

Emerald – Pavlov City

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Bien plus tard que l’on pourrait l’imaginer, je suis finalement tombé dans le bain Emerald cette année. C’est seulement après avoir découvert le clip de step out que je me suis mis en boucle leur album précédent, Nostalgical Parade, histoire de patienter. En comparaison, Pavlov City démarre un peu plus joyeusement avec quelques arrangements de cuivres, particulièrement pour Holiday. Mais le style du groupe reste le même, naviguant au frontières du rock, de la soul, du hip-hop et du jazz. La voix de fausset de Yôsuke Nakano est un poil moins inspirée que sur la galette précédente, mais les arrangements sont toujours aussi agréables. Nappes de synthé, basslines musicales, des guitares rythmées, et surtout ce merveilleux travail de Takagi à la batterie plein de finesse dans charleys, sa caisse claire et ses cymbales en contre-temps. Les mélodies entêtantes de JOY, le rythme dansant de Holiday, la montée en intensité de step out ou after blue, l’évocateur Night Diver, la guitare planante de Sunny Moon… tout est un plaisir pour les oreilles. Ça ne plaira peut-être pas à tout le monde, certains trouveront ça chiant, moi j’adore ce son hyper léché et je me laisse toujours entraîner par les mélodies — encore alors que j’écris ces lignes. Cœur avec les doigts, toussa.

FKJ – French Kiwi Juice

Parce que la France ne manque pas de talents non plus. FKJ a explosé cette année avec ce premier full-album qui montre toutes les qualités de ce multi-intrumentiste, virtuose de la boucle. Dès les premières notes de synthés et rhodes, on comprend les influences soul 1200x630bbde l’homme kiwi — rien à voir avec la nouvelle-zélande, il me semble. Pour des raisons logistiques à l’origine, c’est beaucoup plus électronique que ses idoles, accompagné de boîte à rythmes du début à la fin, donnant un air de bedroom producer sur des morceaux comme Go Back Home ou Lying Together profusion de samples vocaux. D’ailleurs le CD est sorti sur Roche Musique, un label très house. Si le chant n’est pas non plus son fort, souvent lourdement mixé, son savoir faire brille finalement dans les solos de saxophone, de clavier, de guitare, parsemés le long de l’album. La guitare c’est tout le centre du lent Die With a Smile, où elle raconte une histoire, un peu comme dans un Blues. Je ne compte pas les envolées de saxo, toutes aussi intenses les unes que les autres. Le tout groove beaucoup, mais se permet une dose de ballades comme le sensuel Vibin’ Out grâce à la voix de (((O))), seule artiste en featuring de tout l’album. Tapissé d’accords de Rhodes, le tout est délicieusement chaleureux et j’ai du mal à voir qui pourrait ne pas aimer. Un artiste qu’on a pas fini d’entendre.

Cornelius – Mellow Waves

Je ne suis pas un gros fan de Cornelius qui pourra vous expliquer tous les subtilités d’un Fantasma, mais j’ai déjà cité ici son travail sur l’OST de Ghost in the Shell (l’animé, pas le film mdr) et j’adore l’album qu’il a réalisé pour salyu. Du coup j’ai forcément suivi l’arrivée de cet album solo, le premier depuis près d’une décade. Et le moins que je puisse dire c’est que ça commence lourd. Première piste et premier clip dévoilé, Anata ga iru nara est du Cornelius tout craché, avec synth bass et orgue électronique délicieusement vibrants, un solo de guitare fantastique et une longue progression amenant toutes les couches de l’orchestration savamment préparées. Le reste de l’album est évidemment très solide, comme on peut s’y attendre de la part d’un vétéran comme Oyamada Keigo. Hormis deux pistes Itsuka, Dokoka? et Helix / Spiral plutôt rock, l’album est doux et rêveur — comme le titre peut le suggérer, avis aux amateurs.

Les autres trucs hyper cool

Melraw – Pilgrim

Arrivé tardivement dans l’année, annoncé par le label Epistroph avec une mystérieuse petite série animée présentant un maléfique sorcier extraterrestre venant prendre le contrôle de la terre, cet album a été une délicieuse petite surprise. Aux manettes sous ce pseudonyme, Kôhei Ando, collaborateur régulier du groupe Wonk. Si dans l’esprit, le son est proche de ces derniers, Melraw se permet une aventure bien plus jazz sur cette galette. Avec Ishiwaka Shun à la batterie, Jun Miyakawa aux claviers, et son saxo au son lourdement trafiqué, Ando vise pile dans la dimension nu-soul/nu-jazz que j’affectionne, avec aussi des morceaux rappés — ce bon vieux Rhofu sur THROUGH THE SPACE ou DyyPRIDE sur le mystérieux UROBOROS — et des featurings plus souls avec deux chanteuses. Globalement une superbe démonstration de ce que qu’est le jazz urbain Tokyoïte aujourd’hui.

JJJ – Hikari

Avec cet album, j’ai découvert JJJ cette année. Rappeur et beatmaker, une combinaison gagnante dont les japonais semblent avoir le secret de fabrication. Des beats parfois trap, parfois plus à l’ancienne à base de samples de guitare rock, des featurings au petits oignons avec 5lack, Kid Fresino — avec qui JJJ a déjà fait un album entier —, etc. Avis aux amateurs de hip-hop, c’est clairement le meilleur de l’année à mon avis.

Scarf & the SuspenderS – Invitation

Ouais du rap-jazz ! (je fais exprès pour énerver certains). Non mais vraiment, ici les instrus sont excellentes et hyper propres, avec une contrebasse, une guitare rythmée, etc. Un bon premier mini-album pour le groupe.

Wonk – BINARY

J’avais parlé de Wonk ici l’année dernière. En fait j’aurais dû mettre leur album Sphere dans mon top 5 tellement je l’ai écouté en ce début d’année. Depuis ils se sont bien installés dans la scène musicale et se sont permis cette année un double album (dont je parlerai un peu après) et cet album un peu spécial, collaboration avec le groupe New-Yorkais The Love Experiment, nouvelle marche vers leur projet de s’exporter à h1_cd_square_finall’international. Réalisé principalement à distance — dans l’air du temps — on reste dans ce style nu-soul, mélange de soul, RnB, hip-hop. L’ambiance est globalement assez froide et mélancolique, alternant entre instrus très numériques et d’autres plus jazz, sans pour autant négliger de mettre une bonne dose de groove dans de nombreux morceaux. La voix — un poil nasillarde parfois — Kim Mayo apporte un vent frais dans le son Wonk, offrant l’occasion de très sympathiques duos avec Kenta comme les romantiques You et Crazy Love. Les interludes — ici précisément beat-ludes — sont loin d’être négligeables, il n’y a donc pas l’occasion de s’ennuyer le long des 45 minutes de cet album.

Wednesday Campanella – Superman

2017 est vraiment l’année où le groupe est devenu un gros nom. Kom_I s’est améliorée au chant, continue de faire la guignole un peu partout dans le monde, les prods de Kenmochi sont un peu plus lourdes, lorgnant parfois sur l’EDM, mais ne sont jamais mauvaises pour autant, ce qui en fait l’album pop le plus solide de l’année probablement.

Yasei Collective – Fine Products

En suivant la piste de Za Feedo l’année dernière je me suis mis à apprécier ce groupe, particulièrement leur album précédent Lights. Ce Fine Products est cependant encore très typique du groupe avec leur mélange de compositions alambiquées et quelques rengaines pop. Le regret évidemment est qu’avec 5 interludes plutôt tendance free-jazz, cet album est finalement court. Du coup tout ce que j’espère c’est en avoir plus en 2018 !

Showmore – plusieurs trucs

Entrée un peu spéciale ici, puisque le groupe n’a pas beaucoup de sorties encore — c’est au programme de 2018 — mais je me devais d’en parler tant j’adore. Le timbre de voix incroyable de Manami est accompagné par les arrangements jazzy aux petits oignons de Atsushi. C’est parfois beau à en pleurer.

Wonk – CASTOR/POLLUX

Le double album de Wonk donc, mais souffre finalement de sa longueur car bien plus inégal que Sphere l’année dernière. Certains morceaux sont très légers, tendance pop, d’autres vraiment très expérimentaux. Pas mauvais non plus mais un peu décevant.

Com Truise – Iteration

Com Truise commence à être un vétéran maintenant non ? En tous cas très convaincu par cet album. Les sons sont résolument synthétiques mais l’ambiance est au rendez-vous et il y a de quoi retenir son souffle sur quelques crescendo.

D’autres trucs intéressants encore

never young beach – A GOOD DAY : J’avais jusque là un peu de mal avec ce groupe, mais cet album m’a finalement convaincu de leur talent. Petits riffs de guitares et solo chiadés, paroles plaisantes et accessibles, ça s’écoute sans effort.
TENDRE – DRAMA : Jusqu’ici connu surtout comme le leader du groupe ampel — dont le son ressemble beaucoup à celui de PETROLZ — Kawahara signe ici son premier album solo — vraiment solo vu qu’il joue presque de tout . Un peu AOR/pop/disco, très agréable à écouter.
Éric Legnini – Waxx Up : J’avais Eric Legnini sous mon radar depuis des années, c’est un peu sur un coup de tête que j’ai acheté cet album, finalement sans regrets. C’est du funk-jazz bien groovy — à l’exception des morceaux avec Yaël Naim et Ibrahim Maalouf, tous deux très sombres — et j’aime particulièrement le morceau Night Birds avec Mathieu Boogaerts et son accent français à couper au couteau, ou la délicieuse version instrumentale de Living for Tomorrow.
Nakamura Emi – NIPPONNO ONNAWO UTAU Vol.4 : C’est l’année de passage en major pour cette compositrice/interprète que je ne connaissais pas jusqu’ici. Sur une base folk-rock, Emi nous délivre un chant dynamique et inspiré, souvent à mis chemin du slam. Frais.
nica – Nijinda : Un groupe encore bien récent et en train de contruire son répertoire mais c’est très beau, mélancholique, et avec cette petite particularité d’avoir un duo masculin/féminin au chant.
TAMTAM – Easytravellers MIXTAPE : Une mixtape c’est forcément un peu court mais ça fait une bonne dose de Tamtam pour cette année aussi.
Towa Tei – EMO : Toujours partant pour un Towa Tei, même si le titre avait de quoi faire peur. Certains morceaux sont vraiment très réussis comme REM avec cette gogole de Ano en featuring ou un remix anniversaire de GBI.

CHAI – PINK : Les CHAI se sont faites remarquer cette année avec leur humour et leur style déjanté. Boys seko men ou N.E.O. sont vraiment excellents.

PAELLAS – D.R.E.A.M. : Après un album Pressure fin 2016 pas dénué de pistes intéressantes, le groupe s’est fait remarquer cette année avec le très sympathique Shooting Star. Naviguant entre house et disco, avec la voix haut perchée et particulière de Matton.

DALLJUB STEP CLUB – Check the Shadow : Les joyeux lurons de DSC sont de retour, pour parler beaucoup de bouffe et toujours avec leur style juke impeccable.

集団行動 (shûdan kôdô) : Premier mini-album éponyme pour ce groupe monté par des anciens de Sôtaiseiriron, le groupe de Yakushimaru Etsuko. Typique de la bande, un son pop-rock hyper léché avec mélodies de guitare entêtantes.

Zombie-chang – GANG! : Après un ZOMBIE-CHANGE que j’avais trouvé un peu décevant, meirin nous a offert en début d’année son album le plus pop et lumineux à ce jour.
Tamaki Roy – Nagi : Je suis pas forcément un grand fan de Roy mais certains morceaux sur cet album ont clairement éveillé mon intérêt. Furukotobumi, au clip minimaliste m’a presque fait lâcher une larme avec ses samples de voix lourdement modifiés qui me rappellent XXYYXX.

Sweet Will.a.m × Tsubaki – Jasmine : Un album de hiphop vraiment sympa encore, William à la prod et Tsubaki — un peu partout en cette fin d’année — en MC.

Nautilus – The Return Of Nautilus : Le Japon est assez connu pour sa tripotée de groupes instrumentaux et Nautilus est clairement dans cette veine, un trio piano/basse/batterie qui rappelle un fox capture plan. Mais j’accroche vraiment bien aux mélodies ici.
TAAR – Astronotes in Disco : Fier représentant du style Modern Disco, plutôt sombre et urbain, mais vraiment cool.
TAAR – BIGYUKI – Reaching For Chiron : Japonais exilé à New York, collaborant avec quelques gros noms (A Tribe Called Quest…), il propose ici un album solo mélange de nu-jazz, hip-hop, avec aussi une ballade au piano au milieu ! L’ambiance de nombreux morceaux est vraiment réussie. À priori, sortie internationale préve pour février.

Ai Kuwabara × Shun Ishiwaka – Dear Family : Ishiwaka partout cette année, mais bon on en reprend tant il est excellent. Ici en duo avec l’excellente pianiste Ai, pour forcément un son très acoustique et jazz classique, mais dans ce style c’est hyper solide.

 

Best of 2016

Et c’est reparti pour un tour ! Ce blog n’est pas bien vivant, mais au delà de l’effet de groupe de faire son top annuel, c’est toujours cool de prendre un peu de recul sur l’année. Toujours pas d’ordre numéroté, ça sert vraiment à rien imo, mais je vous les classe en petites catégories.

MUST LISTEN

Si je devais n’en garder que 5, je jette mon dévolu sur ceux-ci.

David Bowie – Blackstar

L’année 2016 a commencé comme ça oui, désolé du rappel. Je suis pas particulièrement un grand spécialiste de Bowie à la base, je n’avais même pas beaucoup accroché à The Next Day, mais cet album est une superbe œuvre. Au delà de l’émotion de mort qu’embarquent Lazarus ou Blackstar, le tout est un formidable et varié mélange de Jazz Fusion et de Rock. Si vous avez fait l’erreur de passer outre, rattrapez-vous vite. C’est pas tellement un album joyeux par contre.

CICADA – formula

folderJe vous en avais déjà parlé l’année dernière et cette année a fait de CICADA mon grand dada. Avec le mini-album Loud Colors en début d’année qui annonçait la couleur, ce nouvel album porte la lourde patte du claviériste Sôsuke Oikawa qui oriente le groupe vers des sonorités bien hip-hop. Sans perdre leur côté pop, leur musique se diversifie et je suis toujours aussi comblé. one ou 都内 sont complètement rap, puis Reloop ou くだらないこと plutôt pop avec des bouts de vocoder qui surprennent mais passent finalement bien, et au milieu une nouvelle version de stand alone qui sonne carrément jazz. Des rythmes de batterie aux charleys chiadés, ou groove des lignes de basse hip-hop, les nappes de Rhodes et la voix d’Akiko qui se bonifie, j’adore TOUT et j’ai pas fini de vous en parler.

La cerise sur le gâteau étant un superbe clip pour un super morceau :

テンテンコ – 赤と黒

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Ex-idol du groupe BiS, Tentenko s’est fait un nom cette année en passant des CDs gravés à la main puis vendus dans un garage à un contrat chez Toy’s Factory pour un mini-album en décembre. Elle a en tout cas bien créé son style au croisement entre les chansons pop carrément enfantines et les nappes noise à faire fuire même les plus motivés. Dans cet océan de skeuds – à peu près un par mois de fin 2015 à l’été 2016 – c’est ce «Aka to Kuro» qui a retenu mon attention. Peu de bruits expérimentaux ici, mais un son complètement lo-fi à base de synthés cheap Casio sur un chant mal assuré rappelant des comptines ou des chansons traditionnelles. Un disque vraiment unique mais qui saura récompenser les aventureux.

iri – Groove it

Un premier album pour cette jeune chanteuse qui écrit toutes ces chansons et qui a choisi une belle brochette de producteurs pour finir le travail : rien de moins que Kenmochi Hidefumi – monsieur musique de Suiyoubi no Campanella –, Dorian ou STUTS. Le résultat est top, entre RnB et disco, avec une particularité rafraîchissante dans le monde de la Jpop acidulée : un timbre de voix grave et profond qui donne une vraie crédibilité à cette galette.

TAMTAM – NEWPOESY

Après un virage dans le pop-rock le plus classique chez Victor, c’est chez P-Vine que TAMTAM revient aux sources de leur premier album : les rythmes reggae – et la coupe au bol pour la chanteuse Kuro. Mélodies entêtantes, riffs de guitare ou de trompette (ouais allez), un plaisir à écouter de bout en bout.

Y’a bon :

Les autres trucs cools.

Utae – toi toi toi

Entre une release d’ambiant expérimentale et une autre de field recording, on trouve désormais chez Purre Goohn de la dream-pop flirtant avec l’electronica sur ce premier mini-album de la jeune Utae. Des superpositions de voix, des une guitare style shoegaze ou un beau break de violon : c’est une production bourrée de détails, qui crée un univers unique en son genre, typique de ce label – qui a aussi sorti cette année une galette de AOR, plutôt intéressante. Un nom à retenir.

Metafive – META

Dur de passer outre ce super-groupe qui s’est installé dans le paysage musical nippon. Composé de vétérans comme Takahashi Yukihiro de YMO, Towa Tei, Sunahara Yoshinori, Cornélius, tout est solide ici. Pourtant je n’étais pas très emballé au départ par le Don’t Move qui avait servi de teaser, mais l’album – et le mini-album METAHALF plus récemment – forme un tout vraiment facile à écouter dans un mélange anglais-japonais, à l’image de la culture musicale des membres. En tous cas le succès est au rendez-vous, la génération YMO n’a pas fini de laisser sa trace dans l’histoire musicale du pays.

Soil & « PIMP » Sessions – BLACK TRACK

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Depuis le départ récent du saxophoniste Motoharu, on sait désormais que cet album est le dernier de cette version à 6 du groupe. Toujours des featurings sympas – notamment Ukigumo qui amène sa guitare – pour un tout solide comme à leur habitude. Avec le recul, on peut finalement se dire que le groupe avait pris un rythme de croisière un peu tranquille, loin de leurs débuts explosifs, et que le départ d’un de leurs membres pourrait mettre un coup de pied dans la fourmilière.

Wonk – Sphere

folderPremier album pour ce groupe de jeunes Tokyoites, auto-genrés «experimental soul». Personnellement je les mets dans le panier de «nu-soul» avec Robert Glasper Experiment ou Hiatus Kaiyote, c’est à dire un savant mélange entre de vieilles recettes soul, un bon poil de jazz et des éléments carrément modernes. Pas un mot de japonais ici, tout est chanté en anglais – avec probablement un accent que certains trouveront douteux – mais sonne très bien avec des notes de flûte traversière, des épisodes rappés (en français sur Real Love !!)… Une belle découverte !

Ce live chez Redbull vous donnera un bon aperçu.

Lafayette – Les dessous féminins

Ça ne vous aura pas échappé que j’ai pas trop le nez dans la chanson française, mais de temps en temps je tombe sur un truc qui me fait plaisir. Lafayette c’est une pop adulte, des cœurs féminins sur des nappes de synthés. Rien à redire.

婦人倶楽部 – フジンカラー

Ce groupe un peu mystérieux de femmes de l’île de Sado (en face de la Corée) nous livre un album très bien écrit dans un style très Shibuya-kei. Ça devient rare ces jours-ci – non Negicco est loin de me suffire pour ça – et c’est du coup très agréable.

あっこゴリラ – Back to the Jungle91j21c-3bjl-_sl1500_

J’étais tenté de la mettre en dernière catégorie parce que j’en écoute pas tant que ça, mais Akko c’est tellement de bonne humeur, de lol, de bananes – et d’alcool – que je me dois de vous la signaler.

À suivre :

Pas ce que je retiendrai le plus de cette année, mais qui peut valoir le coup de s’y pencher:

浜崎容子 – Blue Forest

Premier petit album en solo de la chanteuse d’Urbangarde. Je ne suis pas très amateur de la musique de ce groupe mais j’ai de l’estime pour eux, cet album est en tous cas plutôt réussi.

イロメガネ – 37.2℃

Un peu inégal mais premier full-album prometteur pour cette auteur-interprète. Le morceau 勇気を持ってグッドバイ qui ouvre l’album est vraiment superbe.

相対性理論 – 天声ジングル

Le groupe est toujours présent et solide, revient avec un clip réalisé par Kiyoshi Kurosawa, mais je suis pas tant emballé que ça finalement. Allez savoir.

ぼくたちのいるところ。 – ごみ

Je n’écoute plus tellement de Rock à proprement parler ces temps-ci, mais quand ça m’arrive, cet album fait très bien l’affaire.

ZA FEEDO – 2772

Premier album d’un groupe qui n’a rien de débutant. Plus largement un variante de Yasei Collective avec une chanteuse, le groupe m’avait interpellé avec ce clip de 2772. Au final je trouve que l’album manque de cohérence,  passant de morceaux plutôt pop indé à des bouts plutôt prog-rock. Ça intéressera les gens cherchant de la musique ambitieuse.

リアル3区 – ドンキ行くけどなんかいる?

Trio pop féminin, très prometteur.

カネコアヤノ「さよーならあなた」

J’en ai moins écouté cette année, mais Ayano est toujours là et fini l’année avec un clip un peu dérangeant chez Lute.

CLUB CHEVAL – DISCIPLINE

Un peu de «club music» ? Cet album est finalement celui qui m’aura convaincu sur le groupe.

Bonus de fin

Le clip que j’ai le plus regardé de l’année, le groupe est toujours là et bien installé :

 

Encore faim ? Il m’en reste…

J’ai aimé pas mal de trucs en 2016. Mais je vais être long sinon…

クウチュウ戦 – 超能力セレナーデ, SUCHMOS – MINT CONDITIONミツメ – A Long Day大比良瑞希 – TRUE ROMANCE冨田恵一 – SUPERFINE, AOR – TWO坂本慎太郎 – できれば愛を, D.A.N. – D.A.N.Juliette Armanet – Cavalier Seule, ZOMBIE-CHANG – ZOMBIE-CHANGE, General Elektriks – To Be A Stranger, DALLJUB STEP CLUB – We Love You

Rétrospective 2015

Oui rétrospective, parce que les classements c’est pour les élitistes d’abord (et que je sais pas me décider surtout).

C’était une année au départ peu prometteuse dans mon petit univers musical mais qui a finalement donné lieu à de belles découvertes que je vais me faire le plaisir de partager, en espérant tout le meilleur pour vos oreilles.

CICADA (シケイダ) – BED ROOM

Pour commencer en beauté, ma révélation de l’année. Jeune groupe Tokyoïte, formé il y a moins de trois ans, aux influences plutôt trip-hop. Le résultat est un album très lounge, un peu R’n’B, avec des percussions au poil et un chant qui, sans être merveilleux de technique, fait très bien le boulot. Pour un premier album c’est carrément top. Cerise sur la gâteau, ils ont été très sympas quand je suis allé les voir en concert et j’ai tapé la discut’ après.

Ils ont sorti un single plus tard dans l’année, cette fois bien plus inspiré de drum’n’bass, ce qui me fait tout aussi plaisir. C’est sur leur soundcloud.

SUCHMOS – THE BAY

Dans le genre premier album pour un jeune groupe je demande Suchmos !

Ce que l’on peut entendre d’eux avec leurs clips comme ci-dessus montre d’emblée leur style là aussi Soul, Funk,  R’n’B, mais à ma grande surprise l’album nous propose aussi des morceaux bien plus rock. On a affaire à un groupe plutôt complet, avec un bon succès car parmi les meilleurs ventes iTunes de l’année, à suivre de près ! Mention spéciale pour ce featuring avec Ryofu, rappeur que j’avais déjà entendu chez Base Ball Bear, bien mystérieux mais avec un flow toujours aussi cool !

水曜日のカンパネラ – ジパング

Pour continuer dans la lancée « groupe hype avec clips cools », impossible de rater Suiyoubi no Canpanella cette année. Avec pas moins de 9 clips, aidés par divers partenariats publicitaires (Parco, Nissin, etc.), le groupe nous en fout plein les mirettes. Et pas seulement les mirettes, puisque qu’il y a des compositions de Kenmochi Hidefumi pour tous les goûts mais toujours au top. On y voit aussi Komuai dévier un peu du style rap qu’on lui connaissait  – parce qu’elle n’aime pas trop son flow apparemment. Petite déception : l’album est au final un peu court, surtout si l’on a suivi de près les sorties des différents clips/leaks/pubs.

Mon choix se porte sur ce « Medusa » un peu house, mais n’hésitez pas à jeter un œil à l’éblouissant Ra, l’étrange Macchi Uri no Shôjô (La petite fille aux allumettes), puis vous savez utiliser Youtube aprèsjesuispastamère.

綿めぐみ – 災難だわ

C’est une grosse claque que je me suis pris sur ce clip aux premiers visionnages. Wata Megumi est une jeune artiste à la voix fluette genre Yakushimaru Etsuko dont les morceaux tiennent bien la route face à cette dernière – qu’on a moins entendu cette année d’ailleurs mais j’y reviendrai. En tous cas cet album un peu pop avec des instrus originales est un vrai plaisir. C’est probablement plus de la musique à écouter chez soi qu’à aller voir en concert cela dit, je doute que la jeune aie assez de présence sur scène.

3776 – 3776を聞かない理由があるとすれば

3776 c’est un groupe – plus très groupe, il n’en reste qu’une – d’idols et ça se prononce Mi-na-na-ro. Mais 3776, pour les connoisseurs, c’est aussi la hauteur du mont Fuji-yama ! En effet le groupe est basé à Shizuoka, pas très loin de ce dernier. D’ailleurs impossible de le rater puisque le thème revient dans nombreuses de leurs chansons et dans les interludes, car oui il y a plusieurs interludes sur cet album d’une bonne heure, ce qui n’est pas une durée très répandue de nos jours. Sans aller jusqu’aux 20 minutes du dernier morceau de leur E.P. « Love Letter » dans un style complètement rock progressif, on a donc de quoi faire.3776 pochette d'album

L’album est tout de même assez pop et accessible, avec de bonnes rengaines et des lignes de basse bien rondelettes – quoi qu’un peu trop synthétiques pour certains probablement – et une vraie construction tout du long, plutôt qu’une succession de singles comme on le voit souvent dans ce genre. Mais surtout, le vrai plaisir de cet album sont ces fameux interludes où Chiyono – la seule interprète si vous avez suivi et je rappelle qu’il y a un manager/compositeur qui fait le reste – nous raconte des bêtises avec une voix vraiment vivante, style seiyuu (doubleur d’animés). Je trouve qu’elle a un vrai talent pour ça, ce qui rend l’album vraiment charmant. Je vous invite donc à jeter un coup d’oreille et à soutenir ce petit groupe indé qui met du cœur à l’ouvrage.

Malheureusement, le seul clip dispo est pour la moins bonne chanson de l’album, assez plate – bien qu’on devine d’emblée l’intention avec ce titre. Mais je ne conseillerais pas un album d’idol si c’était comme ça tout du long, vous croyez bien, je vous invite donc à jeter un œil à des enregistrements live qui vous donneront un plus large aperçu du répertoire.

カネコアヤノ – 恋する惑星

Kaneko Ayano est une jeune – encore ! – musicienne originaire de Kanazawa qui en est déjà à son deuxième album avec cette galette. C’est cette fois dans un style rock-folk plus classique mais l’album est très frais tout du long. Peut-être les thèmes des chansons pourront déplaire à certains plus âgés cependant.

Tha BOSS – IN THE NAME OF HIPHOP

Quand il se passe quelque chose chez THA BLUE HERB, c’est à ne pas rater. Cette fois c’est le MC, Ill-bosstino a.k.a. tha BOSS – plus très jeune lui –, qui nous offre un beau morceau de hip-hop. Si THA BLUE HERB est bien connu pour les prods un peu expérimentales de O.N.O, ici on a le droit à toute une variété de beatmakers et de feturings, et pas des moindres : Grooveman spot, Punpee, DJ Krush, Big J.O.E, etc. Si vous aimez un peu le rap japonais, aucun risque avec cette galette.

Babx – Cristal Automatique #1

Pour changer, un peu de musique française. Le génial Babx a cette fois sorti, sur son nouveau label indé, un album d’adaptations musicales de poèmes. Rimbaud, Baudelaire, Genet – « Le condamné à mort » déjà mis en musique par Daho et Jeanne Moreau – mais aussi Jack Kerouac, Tom Waits, le québecois Gaston Miron. L’ensemble est un superbe album comme l’homme sait en faire – même pour Camélia Jordana que ne moquent que ceux qui n’ont pas écouté ses albums.

Ólafur Arnalds & Alice Sara Ott – The Chopin Project

Pour finir cette liste top-tier, on reste dans du rêveur avec ce disque co-réalisé par le compositeur islandais Ólafur Arnalds qui revisite des intemporels de Chopin avec la pianiste Germano-japonaise Alice Sara Ott. Le résultat est soufflant – bon ok j’aime beaucoup chopin à la base – avec de très beaux ensembles à cordes comme sait en faire Arnalds et la talentueuse pianiste connaissant le répertoire sur le bout des doigts – si je puis me permettre cette formule ici.

Si vous n’aimez pas ça, je ne peux plus rien pour vous.

BONUS !!!

Je voulais pas trop allonger l’article, je fais court à partir d’ici pour compléter le reste.

Déjà, je vous parlais de Yakushimaru Etsuko un peu plus tôt, elle a composé un morceau et réalisé le clip pour la doubleuse Hanazawa Kana. Si le reste de l’album est passable, ce morceau m’a tout de suite interpellé quand je l’ai entendu chez Tower Records. Le clip semble tout droit sorti d’un film d’un réalisateur contemporain genre Kurosawa Kiyoshi ou Ryuichi Hiroki.

(Enfin si vous avez une IP japonaise vous aurez l’extrait de ce clip, toujours aussi marrants chez Sony)

Vous en voulez encore ? D’autres albums cools :

Dominique A – Éléor : s’il m’a moins convaincu qu’Au Revoir Les Lueurs, cet album est très bon.

一十三十一 THE MEMORY HOTEL : La recette change peu,  mais Hitomitoi est toujours au top de la pop neo-shôwa (je viens d’inventer le terme).

G.Rina – Lotta Love : Dans un style R’n’B mais avec un peu les mêmes collaborateurs qu’au dessus (Kashif, Luvraw, Tofubeats…). Solide.

Parkgolf – Par : premier full album du compositeur Parkgolf, habitué des netlabels et sorti ici chez Day Tripper, le label de Seiho. Un style très trap, y’a du niveau mais le tout manque un peu d’âme au final…

Canblaster & Lido – Superspeed : Tant que j’en suis à la trap, gros EP fourmillant de détails de ces deux là.

Cornelius – Ghost In The Shell Arise : Alternative Architecture : Je ne suis pas particulièrement un fan de la franchise, mais le fameux Cornelius montre qu’il est bien vivant avec un OST de très belle qualité. Voyez la quatrième vidéo du lien, avec Sakamoto Maaya au chant.

Towa Tei – CUTE : Dans le genre vieux de la vieille, un bel album encore, vous verrez Haruomi Hosono dans la télé.

yamp kolt – Chewing : Pas mon préféré mais un album hyper solide, très bien travaillé, avec toute une variété de chanteuses en featuring comme l’homme sait faire (Hitomitoi, Yakushimaru Etsuko, U.A., etc.).

Base Ball Bear – C2 : Bon quand c’est moi, dur de passer à côté d’un nouveau BBB. Ils nous ont offert 3 excellents singles cette année pour un album globalement toujours bien cool.

Rone – Creatures : Bel album du producteur français Rone, tend vers l’electronica un peu.

Budamunk – The Corner : Pour finir, un sympathique album solo du beatmaker Budamunk, avec toute la bande en featuring (Slack, Punpee, OYG…).

 

Lady or Girl?

Première petite critique musicale sur ce blog, et pour commencer c’est Nosa Reina & The Blue Valentines.

Lady or Girl?

Pur produit de Yokohama, Nosa Reina se trimballe l’héritage de la bonne pop Shôwa, et ne s’en cache pas du tout.

Ça commence avec un nom qui me rappelle ceux de groupes des années soixante comme Pinky & Killers, auxquels Nosa Reina emprunte le timbre de voix beaucoup plus que chez Akiko Yano femme-enfant, ou une Ayumi Ishida chantant du nez. On ne va pas cracher dessus, ça colle bien à cette image plus sexy de la chanteuse avec son brushing au volume impeccable. Notons qu’au-delà du nom, la couleur est largement annoncée par les covers des singles qui se passent de commentaire :

Hoshi furu oka Space Camera

Cela dit, aucunement ici de vinyl limité ou de version cassette (coucou Tentenko et son clip en VHS), le mixage est propre et moderne et la galette plutôt orientée easy-listening. On nage ici en plein kayōkyoku, aux paroles sympathiques, bien loin de toute expérimentation. A l’exception d’un track 3 Katteni Destiny, probablement plus inspiré des 80s et sa kayōtechno, l’instrumentation est globalement rock. On a le droit a de petits riffs sympas, une guitare rythmique très présente, des refrains bien calé, des ambiances variées avec Warui Onna, Moon Night Bossa ou Nee. Bien qu’aidée par quelques artifices de mixage, la performance vocale reste agréable, heureusement loin au dessus du niveau Hanae.

Tout s’écoute sans difficulté, ça n’en fera sûrement pas le CD de la décennie, mais cette bonne vieille pop à la japonaise fait toujours plaisir à entendre et ce disque pourrait bien vous arracher quelques pas de danse dans le salon – sinon les cheveux de vos collègues vous entendant chantonner toute la journée.

Note : Parfait à écouter sous un soleil printanier.

Label : Apricot Sounds
Ref:ACDS1

Tracklist
1. 星降る丘
2. 恋のスクランブル交差点
3. 勝手にDestiny
4. うらぎりの街角
5. 悪い女
6. スペースカメラ
7. moon night bossa
8. ロックンロールドライブ
9. ねえ
10. 今日はさよなら

Quand Finkie n’était pas né

La rengaine tournait dans les médias depuis quelques temps déjà et elle a été ravivée par les évènements de janvier : il y a un problème avec l’islam en France. C’est pas moi qui le dis, c’est Finkie, Eric et leurs copains éditorialistes de bon jus. Mais tout problème a une solution n’est-ce pas ? Sauf que Louis Alliot nous explique que de toute façon, l’islam est incompatible avec la république, alors tout ce qu’on peut faire c’est s’en débarrasser. Rien de plus facile que de foutre les musulmans dehors pour gagner la paix sociale, demandez à l’Inde, c’est passé comme une lettre à la poste.

Alors qu’il n’y a jamais eu autant d’athées en France, les tensions religieuses sont de plus en plus fortes, c’est bel et bien la faute de la religion si tout fout le camp ! Les laïcs sont les seuls remparts à l’obscurantisme, il suffit de demander aux professeurs de mieux éduquer les enfants – sans augmentation de salaire, sans formation, avec les parents sur le dos. Et ainsi de rendre la France aux français de souche !

« Qu’ils soient de souche tant mieux pour eux, mais une souche par définition c’est pourri » entendu je sais plus où, retranscription approximative

Dans le Monde Diplodocus (terme emprunté aux rigolos de Contrepoints.org) de ce mois-ci, c’est un papier salutaire de Benoît Bréville qui met le nez dans le problème sous l’angle historique. Comme on dit « il faut tirer les leçons du passé pour ne pas reproduire les mêmes erreurs », les erreurs pointant le bout de leur nez ici étant celles de la seconde guerre mondiale avec cette fois non pas les juifs en bouc-émissaires – quoi qu’en disent leurs défenseurs – mais bien les musulmans.

Benoît Bréville nous rappelle donc que l’histoire de l’immigration française est étoffée, rien que dans le 20ème siècle : des italiens, des belges, des espagnols fuyant Franco, des polonais et ceux auxquels il s’intéresse particulièrement, les russes, les arméniens, les juifs (notamment fuyant les pogroms d’Europe de l’est).

« Les Russes émigrent en France après les révolutions de 1905 et, surtout, de 1917 ; leur nombre s’élève à soixante-douze mille en 1931. La plupart travaillent dans l’industrie automobile ou comme chauffeurs de taxi, et appartiennent aux catégories populaires. Mais le groupe compte également une élite généralement francophone, souvent issue de la noblesse ou de la bourgeoisie […]. L’ensemble du groupe profite de cette réussite, bénéficiant d’un « traitement de faveur » qui le met à l’abri des brimades frappant d’autres migrants. »

Les riches russes francophone n’ont évidemment aucun problème à s’intégrer au milieu parisien, puisque bien au courant des codes de vie du beau monde de l’époque. Une fois bien installés ils soutiennent leurs compatriotes russes et tout va bien, le monde ilébo. Tiens ça vous rappelle pas un truc ? Ouais le complot juif !

« Ouvriers, artisans ou petits commerçants, les juifs arrivés dans l’entre-deux-guerres vivent souvent dans des quartiers pauvres et délabrés, où ils se heurtent au racisme de leurs voisins français. Comme nombre de réfugiés, ils disposent parfois d’un capital culturel supérieur à la moyenne de leur pays d’origine (un trait également observé parmi les réfugiés afghans, syriens ou africains). […] Au fil des décennies, certains descendants de ces premiers arrivés s’élèvent dans la société, au point d’occuper aujourd’hui des postes de pouvoir, notamment dans les milieux journalistique, politique et universitaire »

Le « capital culturel supérieur », c’est en gros qu’ils sont pas cons et qu’ils se trimballent un savoir séculaire – je ne m’étendrai pas trop là dessus, de peur d’afficher mon ignorance crasse. Et les arméniens ?

« Quoique peu nombreux (dix-sept mille en 1931), ils sont jugés d’emblée « inassimilables ». « Si les Russes sont loin du peuple français à bien des égards, ils ont en général un niveau culturel qui permet des contacts. Avec les Arméniens, ce contact même est difficile », considère ainsi Georges Mauco, la tête pensante des politiques migratoires pendant les années 1930 et sous le régime de Vichy. »

Mais qu’est-ce qu’on va foutre alors d’immigrés qui sont cons ? Facile : on leur fait faire le boulot de merde que personne ne veut. C’est ça aussi la première raison de la présence d’immigrés nord-africains en France, sélectionnés savamment par les (anciens) colons.

Loin de ses positions des années 1930, la droite salue alors l’apport des travailleurs étrangers. Ainsi, après la mort de cinq ouvriers africains asphyxiés dans leur sommeil par les fumées d’un feu mal éteint dans un foyer d’Aubervilliers, Le Figaro explique, sur un ton qu’on ne lui connaît plus : « Qui veille à la santé de ces infortunés transplantés ? Ils balaient les rues lorsque les caniveaux sont gelés, puis ils tentent de triompher de la tuberculose qui les mine ou de l’oxyde de carbone ! Voilà le sort de ces déshérités. Il importe d’y apporter d’urgence un remède »

Le patronat de l’époque n’hésitait d’ailleurs pas à installer des salles de prière dans les usines (d’après un bouquin de Patrick Weil cité dans l’article) pour contenter tout le monde.

Mais du coup avec le choc pétrolier, la montée du chômage, plus personne ne veut plus prendre soin de ces travailleurs immigrés. Pis, ils piquent le travail des honnêtes français – qui jusque là sirotaient leurs cafés en terrasse en regardant les bougnoules travailler. Mais bon quand tu t’es cassé le cul à quitter le bled pour vendre ta force de travail en métropole, t’en as un peu rien à foutre du choc pétrolier, ce que tu veux c’est du boulot. Roh t’es exigeant mon gars, regarde on te propose un logement trop top, c’est un peu loin de Paris mais c’est pas cher… La suite vous la connaissez.

Et là vous allez me demander : « Mais il veut en venir où ce con avec son article que je peux même pas lire en entier parce que je suis pas abonné  (et c’est mal) ?« .

En fait je veux insister sur ce terme de « capital culturel ». Il se rapporte bien aux théories de Bourdieu – qui m’ont convaincu – plutôt déterministes et d’inspiration au croisement des traditions marxiste et wébérienne. A défaut de capital économique qui n’est pas la caractéristique des immigrés – sauf quand vous avez un gros lot genre Bernard Arnault ou Depardieu – c’est bien ceux avec un capital culturel qui sont à même de s’intégrer à la société, parce qu’ils seront capables d’en comprendre les rouages, de s’adapter et de tirer leur épingle du jeu. C’était donc le cas des bourgeois russes, des juifs, probablement d’une bonne partie des espagnols fuyant volontairement le fascisme.

A contrario, les immigrés « économiques » qu’on été les magrébins, souvent d’origine paysanne, ne vivent que par leur force physique qu’ils monnayent dans les usines. Quand vous le leur enlevez, vous ne pouvez pas espérer les placer dans des postes à haute valeur ajoutée tels que comptable, ingénieur, marketeux-mes-couilles, etc., ils en sont réduits au chômage et la précarité. Et quand des gens qui n’ont pas fait des études ont des enfants, ne comptez pas sur l’école publique française – une des plus inégalitaires – pour rattraper l’affaire. D’où la persistance des problèmes avec les deuxièmes et troisièmes générations, toujours aussi précaires et ghettoisées – un apartheid dit même Hollande ce matin. Et plus elles sont marginalisés, plus elles sont faciles à manipuler, la preuve récente en est Cazeneuve qui déplore dans les ZAD des « groupes très structurés » qui « suivent des stages de résistance, bénéficient de soutiens logistiques, d’assistance médicale et juridique, et s’équipent de dispositifs de protection. » Un bon citoyen est un citoyen qu’on peut facilement mâter.

Mais l’article de Benoît Bréville met en lumière autre chose : « Le débat sur l’immigration a été vidé de son contenu social. » au profit donc d’une lecture religieuse, exacerbée par l’actualité internationale. Comment dans ces conditions espérer que l’encarté FN de Hénin-Beaumont et l’arabe de Seine-Saint-Denis comprennent qu’il ont ensemble plus en commun qu’avec les technocrates de Paris pour les uns et la famille royale saoudienne pour les autres ? L’apartheid dont se réclame l’exécutif n’avait-il quoi que ça soit de religieux ?

Pour l’instant le débat en reste à lire l’enfance misérable des frères Kouachi et dire « ouais mais bon c’est des islamistes dangereux, ils avaient pas qu’à », à tomber pieds joints dans le piège du terrorisme en se braquant sur des problèmes de surface et ne plus voir les problèmes de fond, notamment celui d’un système économique à bout de souffle qui ne profite plus aux populations, quelle que soit leur origine.

Cela me fait enfin penser à la guerre de Bosnie-Herzégovine, dont on va cette année fêter les 20 ans. C’est bien une situation économique calamiteuse qui a causé l’éclatement de la yougoslavie. D’abord par la séparation de la Slovénie puis celle de la Croatie. Puis finalement une véritable guerre civile en Bosnie, entre Bosniaques musulmans, serbes et croates qui vivaient depuis des décennies une stabilité multiculturelle inspirante. Évitons donc que la vengeance personnelle de Zemmour, « le grand remplacement » ne devienne un Srebrenica.

Voilà, c’était peut-être un peu long et imprécis, mais c’est un point de vue qui me tient à cœur, loin des débats médiatiques mainstream donc qu’il me semble intéressant de diffuser un peu par d’autres canaux.